La santé physique et mentale des femmes en entreprise

“Ma revendication en tant que femme, c’est que ma différence soit prise en compte, que je ne sois pas contrainte de m’adapter au modèle masculin”.

Cette formule de Simone Veil s’adapte parfaitement à la manière dont on s’occupe de la santé des femmes en entreprise. Entre méconnaissance des besoins spécifiques, tabous et auto-censure, leur bien-être physique et mental est souvent négligé.

Loin d’être un sujet d’exclusion, les avantages sont nombreux à donner plus de place à la santé des femmes en entreprise. Pourquoi et comment apporter une stratégie de prévention santé adaptée ? Quelles sont les solutions ?

Les femmes sont de plus en plus nombreuses en entreprise, tous postes confondus. Elles représentent 42% de la main-d’œuvre et leur nombre à des postes à haute responsabilité 1 est en hausse. Dans le même temps, les questions relatives à la santé physique et mentale des femmes en entreprise restent encore trop peu considérées.

La mise en place d’une stratégie de prévention santé dédiée est pourtant primordiale si l’on veut préserver leur bien-être et, par extension, le bien-être de l’entreprise.

Santé mentale : déséquilibre et légitimité

Les chiffres sont sans appel : les femmes sont davantage (que les hommes !) soumises au cumul des obligations professionnelles et familiales.

Une enquête de l’YPO (Young Presidents’ Organization), du Financial Times et de l’ONU (mars 2021) montre que “près de trois quarts des répondantes (73 %) ont dû prendre un congé et/ou sacrifier leur avancement professionnel pour des raisons familiales […], comparativement à 42 % des répondants de sexe masculin”. Certes, une évolution vers l’équité en termes de responsabilités familiales est notable. Pour autant, l’avancée reste lente, ce qui pénalise encore majoritairement les femmes dans leur vie professionnelle1.

Au poids des responsabilités et à la charge mentale s’ajoute pour beaucoup la remise en cause de leur légitimité ou de leurs capacités de travail. Les femmes subissent un discours de performance : “Le monde de la performance est inévitablement un monde de comparaison […] Nous oublions la saine émulation au profit de la compétition et de la comparaison dans ce qu’elles peuvent avoir de plus violent”2.

Les conséquences de ces injonctions et de ces responsabilités multiples sont visibles depuis plusieurs années. Parmi elles, le burn-out. Selon une étude d’Empreinte Humaine de 2021, 44% des femmes sont en situation de détresse psychologique […], tandis que les hommes sont 33% à souffrir d’un burn-out.3 Cette détresse psychologique a un coût humain et économique réel qui doit alerter les entreprises.

Communication, autonomie et compétences subtiles

Une multitude d’autres facteurs peuvent toucher la santé des femmes en entreprise. Ces facteurs de risque sont à discerner au cas par cas, ainsi que les réponses appropriées. Cependant, des solutions globales peuvent être adoptées.

Une partie de la solution réside tout d’abord dans l’évolution du discours en entreprise qui nécessite un changement de paradigme. Communiquer constamment sur le besoin de performance, au détriment du bien-être mental des collaboratrices et des collaborateurs, n’est plus une option viable. Il est important de permettre aux femmes (comme aux hommes) de lâcher prise face à cette quête perpétuelle de perfection et de performance.

Une autre solution consiste à accorder aux femmes plus d’autonomie. Aujourd’hui elles sont encore trop peu nombreuses à bénéficier de la même marge de manœuvre que les hommes, par exemple dans la gestion de leur agenda. Une étude de l’Insee montre que parmi les salariés cadres, 72% des femmes peuvent décider de leurs horaires de travail, contre 81% des hommes4.

Encourager le développement des compétences subtiles est une autre piste : communication assertive, affirmation de soi, gestion du temps, des émotions, de l’énergie… La maîtrise de ces compétences ouvre des perspectives inestimables.

Audrey Lisador

Audrey est responsable communication chez Akayogi.

“Il n’y a qu’un travail autonome qui puisse assurer à la femme une authentique autonomie”.
— Simone Veil

“Il n’y a qu’un travail autonome qui puisse assurer à la femme une authentique autonomie”.
— Simone Veil

Santé physique : entre spécificités, tabous et reconnaissance

Selon le Bulletin d’information de Santé Publique France, les femmes vivent certes plus longtemps que les hommes, mais les années supplémentaires dont elles bénéficient sont caractérisées par une santé très dégradée. Le cadre de travail joue également un rôle significatif dans la dégradation de leur santé sur le long terme : “La progression des maladies professionnelles est 2 fois plus rapide chez les femmes que chez les hommes, victimes essentiellement de troubles musculosquelettiques”5. La fragilisation de la santé physique des femmes en entreprise est souvent liée à leurs postures et leurs conditions de travail : “travail répétitif, postures contraignantes, contact avec le public, horaires décalés”6.

À cela s’ajoutent les nombreux tabous en entreprise concernant certaines fonctions biologiques spécifiques. En 2009 Karen Messing, professeure en sciences biologiques et généticienne, faisait le constat suivant : “Les fonctions biologiques communes aux hommes et aux femmes, [manger, boire, dormir…] reçoivent une certaine reconnaissance dans les normes du travail […]. Cependant, les effets du travail sur les fonctions biologiques spécifiques aux femmes – menstruations, grossesse, cycles, ménopause – sont perçus comme relevant de la sphère privée.”7. Il est primordial aujourd’hui de renverser ce raisonnement, en cessant d’exclure de la vie au travail l’état physiologique naturel du corps féminin, et son expression au quotidien.

Solutions à deux échelles et prévention santé

Les solutions peuvent être mises en place à l’échelle de l’entreprise et à l’échelle des collaboratrices.

A l’échelle de l’entreprise, il est recommandé de donner de l’importance à l’ergonomie. Mettre en place un espace de travail ergonomique sur site, ou à domicile en cas de télétravail, permet de prévenir l’apparition des troubles musculosquelettiques. Le syndrome du canal carpien par exemple est le résultat d’une pression exercée sur le nerf médian au niveau du poignet, favorisée par des mouvements répétitifs (comme taper sur un clavier) ou une mauvaise posture de la main sur la durée. Les hommes sont aussi touchés par ce syndrome, mais ils sont moins nombreux8.

Il s’agirait aussi de lever les tabous en entreprise autour des “fonctions biologiques spécifiques aux femmes”. Ce serait une manière de prévenir les réactions et les propos négatifs à ce sujet. De plus, cela permettrait, pour les femmes concernées par des pathologies spécifiques (endométriose, ovaires polykystiques…), de mettre en place des dispositifs permettant de mieux concilier maladie et vie professionnelle.

À l’échelle des collaboratrices, il est important d’apprendre à se reconnecter à son corps. Écouter ses émotions, ses sensations pour une meilleure connaissance de soi. Mieux connaître son corps permet aussi d’anticiper les périodes de hausse ou de baisse d’énergie liées aux cycles, afin d’organiser son temps et ses missions au mieux (dans la mesure du possible).

Encourageons la santé au féminin !

Permettre aux femmes de prendre soin de leur santé physique et mentale, c’est contribuer à garder l’entreprise en bonne santé. Pour les femmes dirigeantes l’enjeu est d’autant plus important : si elles prennent soin d’elles, elles sont en capacité de prendre soin de leurs équipes, de leur entreprise. En veillant à ce que le sujet ne crée pas une nouvelle exclusion. Prendre en considération la santé au féminin ne doit pas se faire au détriment du chemin vers la parité, mais au contraire l’encourager !

Audrey Lisador

Audrey est responsable communication chez Akayogi.

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